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Trip en bateau a Madagascar

Publié le 17 juillet 2016

Salut

Pour une fois je ne vais pas parler de cordes, de canyons, de mousquetons, de lave ou de  tunnels mais plutôt d’océan, de voile, de navigation, de poissons et autres crustacés. Direction Madagascar…

Préférant la montagne, je n’ai jamais été particulièrement attiré par l’océan mais l’idée de passer plusieurs jours sur un bateau en pleine mer m’a toujours séduit: se retrouver entouré d’eau loin de toute terre, expérimenter la vie sur un bateau, goûter la sensation de liberté que procure le fait de voyager avec son propre moyen de transport… Et puis partir en bateau c’est l’aventure, un rêve de gosse.

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En février dernier un pote skipper m’a proposé de remplacer au pied levé un équipier blessé  pour un trip de 3 semaines en bateau à voile dans la baie d’Antongil, au nord est de Madagascar. Il savait que j’étais complètement novice en terme de navigation mais comptait sur mon expérience de la montagne et des expéditions pour compenser ma totale ignorance technique en la matière. Et puis accessoirement, c’était pour lui un moyen de me renvoyer la balle car je lui ai fait découvrir le canyoning, il y a quelques années de ça déjà…

Voila le plan: on part à 4 gars pour 3 semaines sur un voilier de 10m pour un aller/retour Réunion – Baie d’Antongil, avec un stop administratif à l’île Sainte Marie. En tout, plus de 3000 km de voyage…

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On a mis 2 jours et demi, dont la moitié au moteur, faute de vent, pour rejoindre l’île Sainte Marie. Avec la pleine lune et des ciels étoilés comme je n’en avez jamais vus avant. On a fait le plein d’essence, d’eau et de bouffe sur la petite île puis on a repris la mer pour caboter vers le nord le long de la côte malgache jusqu’à la baie d’Antongil. On s’est arrêté en chemin sur une ou deux iles isolées, histoire de voir des chauve souris géantes et de profiter des plages désertes. Grâce aux bonnes conditions météo, on a atteint notre objectif le soir du 6ème jour, sur la côte nord de la baie, à Tampolo. On n’a pas croisé un seul bateau…

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Cette côte nord est en fait la côte sud d’une péninsule d’environ 100km de long et de 70km de large. Elle abrite une des zones les plus sauvages de Madagascar, protégée par un parc national, le Masoal, classé, comme la Réunion, parmi les 34 hauts points de la biodiversité mondiale.  La morphologie du terrain se décline en forêt primaire grimpant le long des pentes d’un massif érodé et peu élevé qui culmine à environ 600m d’altitude. Le Masoal abrite 50% des espèces endémiques présentes à Madagascar… C’est une zone très reculée car il n’y a aucune route permettant de la traverser. L’accès se fait principalement par la mer et toute exploration se fait à pieds et en pirogue, le long des innombrables rivières qui descendent les hautes collines recouvertes de jungle. Quelques villages regroupent les rares habitants permanents de la forêt et de sa côte.

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On a ainsi vécu sur notre voilier en cherchant des endroits abrités où mouiller au fur et a mesure qu’on descendait la côte vers le sud, vers le cap Masoal, extrémité de la péninsule, ouverture sur l’océan indien et véritable but de notre trip. On a bien péché, thons banane, thons blancs, dorades coryphènes et on s’est fait de bonnes incursions dans la forêt à pieds et en pirogue en remontant les rivières. On a vu des singes, des rapaces et plein d’oiseaux, des insectes et des arbres géants, le tout dans une nature luxuriante et quasi inviolée. Le top.

Côté navigation ça n’a pas vraiment été des vacances. D’abord, on a pris le mauvais temps, pluie, vent, houle et froid. Et puis la zone est orientée plein est et reçoit donc de plein fouet les perturbations venant de  l’Océan Indien. Les hauteurs du parc forment une barrière naturelle exposée aux vents qui stoppe les nuages et les font s’accumuler. De plus, la côte ne propose que très peu de mouillages abrités et ceux qui existent demandent de la technique et de la précision pour ne pas s’abimer sur le corail ou les rochers.  Il y a très peu de bateaux qui circulent dans ces eaux et on n’a croisé aucun voilier en 4 semaines… Les potes m’ont d’ailleurs avoué qu’ils avaient trouvé très peu d’informations sur le net concernant la navigation dans cette zone. Ca ne m’a pas étonné, je m’étais rarement senti aussi loin de la civilisation que dans le Masoal. J’ai découvert une nouvelle facette de Madagascar, cette immense île.

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Au retour, on a dû patienter 4 jours à Sainte Marie  le passage d’un gros front froid apportant pluie et surtout grosse houle sur toute la zone sud-ouest de l’Océan Indien. Les conditions étaient certes fléchissantes mais encore fortes lorsqu’on a quitté la petite île, avec une houle de 3 mètres et des vents de 30 nœuds. Le trajet retour vers la Réunion prend en général au moins deux fois plus de temps que celui de l’aller, car les vents sont contraires. Il faut faire un grand détour pour les contourner.

On a donc tiré tout droit vers l’est (alors que notre route était au sud est) avec gros vent, le bateau restant penché à 45° sans discontinuer pendant 4 jours et demi… Ces 4 jours en mer ont été parmi les plus intenses que j’ai vécus: j’ai atrocement souffert du mal de mer, le vent et la houle ne nous laissant aucun répit. Dans ces conditions de « grosse » mer, le temps est divisé en deux parties: celle où on assure notre tour de quart (il faut toujours quelqu’un à la barre, c’est quand même mieux pour arriver à bon port), organisée en roulements de 3 heures le jour et de 4 la nuit et celle où on « dort ». Enfin où on essaye de dormir.

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Le bruit de l’eau sur la coque et du vent sont infernaux et incessants, tout est humide dans le bateau et rien ne sèche, on dort avec des horaires décalés, se réveillant en pleine nuit pour prendre la barre sous une pluie battante…  Impossible de faire à manger et de se laver. On est parti le samedi matin et je n’ai rien pu manger jusqu’au mercredi midi. On a mis 5 jours et demi pour rentrer et j’ai perdu 5 kilos…

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Mais je m’étais juré que j’assurerais tous mes quarts, pour ne pas pénaliser mes co-équipiers qui auraient dû me remplacer mais aussi,  je dois avouer, par fierté de montrer que je pouvais le faire malgré mon inexpérience de l’océan. Et je m’y suis tenu . C’est surtout le mental et la capacité de résistance au manque de sommeil qui jouent ici et au final , même si pour le coup j’en ai vraiment ch.é, ça a été une super expérience, dont je me souviendrai longtemps.

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Je vous souhaite de vivre bientôt une de ces expériences qui vous poussent vers le haut et vous inspirent. Et de visiter un jour Madagascar, c’est un pays fantastique.

Merci de m’avoir lu

A+

Yann