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Bras Détour : descente d’un canyon géant depuis la Roche Écrite

Publié le 3 juillet 2017

Salut

J’espère que ca roule pour vous.

Dans la série « Canyon Géants de la Réunion » et après Cap Blanc et Ravine Germeuil en fin d’année dernière, nous avons descendu un gros bébé du cirque de Mafate mardi et mercredi dernier. On est allé descendre Bras Détour, avec les collègues Simon et Julien d’Envergure Réunion et Pierre de Parciparla.

Bras Détour est un gros canyon qui part juste sous la Roche Écrite (le sommet qui domine le rempart nord du Cirque de Mafate) et qui jonctionne avec la rivière St Suzanne 1500m plus bas et 4 kilomètres plus loin. Une bonne grosse balade dans le fond du zion mafatais donc. On n’a pas réussi à collecter beaucoup d’infos sur cette ravine, ni à trouver la topo d’ailleurs. C’est une grande course majeure et réputée sur l’île mais peu répétée et dont l’équipement est manifestement à compléter. Ceci expliquant peut être cela… En résumé c’est gros, long et beau, mais il faudrait remettre des points par-ce-que,-quand-même,-c’est-un-peu-chaud (comprendre: « il faut rajouter des points d’amarrages »).

 

En tant que canyon on peut donc considérer que Bras Détour est « ouvert », dans le sens « le passage est ouvert ». Mais il n’est pas encore totalement et correctement équiper pour permettre une descende vraiment sereine et parfaitement sécurisée. C’est normal, l’équipement complet et final de ce genre de canyon d’envergure ne s’obtient qu’après plusieurs chantiers. Alors même qu’une « simple » descente, sans rajouter de points donc, représente déjà une belle sortie, sur trois jours minimum… On s’est donc dit qu’en plus de faire un beau canyon, on pourrait en profiter pour se faire plaisir à compléter l’équipement et refaire une topo. Histoire de contribuer au travail des équipes passées avant nous et de, si possible, terminer la mise en plis de cette grosse ravine…

 

 

Vu le développé du canyon ce trip ce fait sur trois jours:

  • Jour 1 : dépose de la voiture navette et marche jusqu’au gite de la Roche Écrite
  • Jour 2 : descente d’une première partie du canyon. Bivouac.
  • Jour 3 : fin du canyon et retour a Deux Bras pour chopper un 4×4 qui nous ramène a la voiture navette

On donc laisse donc une voiture a La Rivière des Galets (terminus du trip) et on part de Dos d’Âne pour trois heures de marche vers la réserve sauvage et le gîte isolé de la Roche Écrite. Nos sacs doivent faire une vingtaine de kilos, chargés de nos bivouacs, de 2x100m en 8.5mm, de 100m de dyneema et de mains courantes. On transporte également du matériel d’équipement classique perfo + quincaillerie + plaquettes et maillons.

Après une nuit (bien fraîche) au gîte, on se rend de grand matin sur le bord du rempart de la Plaine des Chicots pour commencer notre descente. Le canyon est orienté ouest et de la haut on a une vue en enfilade magnifique sur tout le rempart nord de Mafate (celui qu’on va descendre donc). Au loin les premiers rayons du soleil éclairent le haut du rempart ouest, au dessus de Deux Bras, notre terminus. C’est quelques 7 kilomètres plus loin et 1 800m plus bas… C’est bon ces moments la ;-)!!

Bras Détour présente donc a la fois un fort dénivelé et un développé important. C’est ce qui le distingue de la ravine Germeuil par exemple, exclusivement verticale. Il va donc y avoir beaucoup de rappels ainsi que des Cassés mais aussi pas mal de marche. Le début de la course consiste en 3 beaux obstacles de 40m entrecoupés de portions de marche dans les blocs. On fait de la distance mais sans perdre de dénivelé… C’est un bon échauffement. L’ambiance est végétale et la gorge est plutôt encaissée. On double quelques points mais l’équipement est correct. Ça va surement se dégrader en descendant…

Après ce premier kilomètre la ravine s’encaisse franchement et offre un très bel enchaînement de rappels, secs pour l’instant. Il n’y a pas encore d’eau à cette altitude mais on va tomber sur des résurgences plus bas, c’est certain. C’est bien d’être au sec, on a moins froid, mais quand même ces longueurs doivent être magnifiques avec de l’eau… On franchit, entre autres, deux longueurs de 80m et un Cassé de 160m.

Ensuite le canyon s’ouvre de nouveau pour une longue série de belles cascades entrecoupées de portions de marche.  On découvre sur la berge les traces d’un camp braco… Absolument incroyable d’imaginer que des gars viennent pêcher ici!! Par où passent-ils?! Pour les canyoneurs, la présence d’un camp signifie qu’il y a une échappatoire. La bonne affaire! Encore faut-il savoir où il se trouve et en combien de temps il ramène à la civilisation! En tout cas les gars doivent se frapper une sacrée belle mission pour venir ici. Comme prévu l’équipement est de moins en moins bon au fur-et-à-mesure de la descente. On rajoute donc départs de mains courantes et relais et on change également les cordes qui relient les amarrages.

On bivouaque sur les bords de la rivière après cette première belle journée, au pied d’une cascade (R25) et sous la voie lactée. Même pas froid, même pas humide au matin, nickel.

Départ grand matin le lendemain, qui va principalement consister à descendre le Cassé final de 170m. On rééquipe la ligne en place, plutôt détériorée et chaotique, située rive gauche. Trois longueurs permettent d’accéder à une petite terrasse excentrée. De là, on atteint quelques mètres plus bas le relais qui domine le pied du Cassé, 100m en dessous. Ça fait beaucoup de fractionnements pour atteindre ce relai principal… En fait il semblerait que la ligne optimum soit de l’autre coté de la cascade, en rive droite… Les rappels sont plus directs et sans frottements. L’ensemble de cette ligne rive gauche n’en reste pas moins bien plus confortable et rassurant qu’avant notre passage. L’endroit avait besoin d’un bon lifting. Mais on y aura quand même passé deux bonnes heures dans ce Cassé…

On arrive ensuite rapidement à la confluence avec le Bras de St Suzanne, terminus du canyon de Bras Détour. Il nous faudra ensuite encore  marcher 2 bonnes heures pour rejoindre Deux Bras.

On a au final remis 33 points dans le canyon (sur 25 obstacles au total) et la descente se fait maintenant dans des conditions plus qu’acceptables: 2 points de mains courantes sur tous les obstacles, relais doublés avec maillons et fractionnements limitant les frottements. Il faudrait en fait un dernier passage pour faire briller le tout, notamment finir de changer les cordes des relais, car on s’est retrouvé à court de corde à couper… Et équiper cette ligne rive droite dans le Cassé final permettrait surement de gagner un peu de temps sur la totalité de la descente… On a également équipé quelques lignes dans l’actif dont il faudra vérifier la résistance aux crues.

Au final Bras Détour ne vole pas sa réputation. C’est une très belle course d’envergure, longue et variée, technique (fractionnements et frottements sur pas mal de lignes, jamais vraiment méchants mais à gérer) et exigeante physiquement. Les portions de marches ne sont cependant pas assez longues pour être vraiment rébarbatives et la course est au final homogène vue sa longueur. Par contre, vue l’orientation du canyon, on n’a eu le soleil que sur les toutes fin de journées. Mais la vue et les perspectives sur la partie nord de Mafate sont splendides en haut des grandes longueurs.

Encore un super trip sur cette île de rêve pour le canyoneur donc! En espérant que la topo et le petit lifting qu’on a fait subir à cette magnifique ravine motivent des équipes à aller y faire un tour. Ça vaut méchamment le coup.

Plein de bonnes choses a vous.

A+

Yann